Faut-il être souple pour faire de la danse ?

Qui dit danse dit souvent grands écarts et mains dans la jambe... J'entends souvent "la danse, c'est pas fait pour moi, je suis vraiment pas souple... T'as vu, j'arrive même pas à toucher le sol avec mes mains !" Oui.. Enfin bon ! Il est l'heure de rectifier quelques préjugés tenaces ! Il faut être souple pour faire de la danse... En voilà un mythe tenace !

Préjugé 1 : pas de danse sans être souple 

La danse, pour moi, c'est d'abord l'art du mouvement, la conscience du mouvement. La danse, ce n'est pas être souple.
Qui a dit qu'il fallait être souple pour savoir bouger ou danser ? Vous bougez bien tous les jours... Pour manger, marcher, monter des marches, taper à l'ordinateur ou sur votre téléphone... Bref, pas besoin de souplesse au sens de grand écart pour tout ça. La danse, c'est d'abord savoir bouger son corps, l'écouter et s'exprimer, ce n'est pas performer des prouesses techniques ni enchaîner des postures compliquées. Sinon, c'est de la gym ou du yoga. Ce n'est pas le même travail.

Préjugé 2 : pour travailler sa souplesse, il faut souffrir 

Souplesse et respiration

Effectivement, dans l'imaginaire de la danse, et surtout de la danse classique, "pour être souple, il faut tirer sur ses muscles et avoir mal, c'est comme ça qu'on sait qu'on travaille" ! Sauf que tirer sur les muscles le plus fort possible ne travaille pas vraiment la souplesse... On tire sur les fibres musculaires en les contractant en même temps donc on rétrécit le muscle en voulant l'allonger... Pas très logique ! Et en plus, on bloque sa respiration. Or, un muscle, pour travailler, a besoin d'oxygène... Pas super non plus ! De mon côté, pour travailler sa souplesse, je recommande tout le contraire : travailler avec respiration et détente. Un peu sur le modèle du yoga. C'est comme ça qu'on va détendre nos fibres musculaires, les destresser et les amener ainsi à s'allonger. Et à s'assouplir.

Souplesse et muscles

Enfin, la souplesse n'est pas qu'une question musculaire ! C'est aussi une question d'articulation et de mouvement. Les articulations sont des endroits du corps complexes regroupant plusieurs muscles, des tendons, des ligaments et il arrivent que des articulations soient bloquées à cause de positions trop longues. Rester assis toute la journée par exemple à tendance à verrouiller l'articulation de la hanche, par plusieurs mécanismes, ce qui peut, par exemple, nous bloquer pour aller toucher le sol avec ses mains.

D'où viennent les raideurs ?

Attention, le problème n'est pas souvent là où on le croit... Reprenons l'exemple de toucher le sol avec ses mains. Si on n'y arrive pas, on a envie de le faire plein de fois et de se forcer un peu pour aller toucher par terre. Mais attention, souvent, certes nos ischio-jambiers (les muscles de l'arrière des jambes) sont à assouplir mais en faisant ainsi, si notre bassin ne bascule pas, on tire surtout sur notre dos, au risque de se faire mal au bas du dos !!

L'enjeu consiste donc d'abord à retrouver de la mobilité dans le bassin, notamment en détendant et assouplissant le psoas, un muscle peu connu, à l'avant de notre corps, qui relie le bas de notre dos et notre bassin à nos jambes. En nous tenant assis à longueur de journée, ce muscle est comprimé et bloque ainsi le mouvement du bassin et même le bas du dos, pouvant expliquer certains "manque de souplesse" ou maux de dos ! Arrêtons donc de tirer encore plus sur nos lombaires et détendons notre psoas !

Préjugé 3 : pour lever les jambes, il faut être souple

Oui et non... Évidemment, si les muscles à l'arrière de nos jambes (les ischio-jambiers) sont raides et verrouillés, difficile de lever les jambes. Mais ! Il est tout à fait possible de ne pas arriver à lever les jambes sans ce problème. ????

Bouger intelligemment

En fait, il s'agit surtout d'être capable de mobiliser les bons muscles au bon moment et de manière juste. Et ce sont là tout l'art et tout les bienfaits de la danse ! Et c'est pour cela que pour enseigner, on n'étudie pas seulement l'anatomie du corps humain mais l'analyse fonctionnelle du corps en mouvement dansé (AFCMD pour les intimes). Derrière cette acronyme un peu barbare se cache l'idée que le corps est intelligent et que chaque mouvement peut être réalisée de plein de manières différentes avec des choix anatomiques, expressifs et esthétiques sur le mouvement.

Ainsi, pour un battement ou le fait "lancer" sa jambe en l'air, je peux le faire de manière lente ou de manière rapide, je peux contacter la cuisse et "racourcir" la jambe ou travailler dans un sens de direction et l'allonger, je peux la lever tout.e seul.e ou me servir de la force du sol. Vous l'aurez compris, ça change la donne et ça n'a rien à voir avec la souplesse ! Pour travailler de beaux battements, il faut déjà être capable de bouger la jambe sans enrouler le bas du dos (c'est la dissociation) et pour ça, on travaille sur les directions, se servir de la force du sol, et ne pas contacter les muscles antagonistes. Bref, si on ne fait rien de tout ça, compliqué de monter la jambe.

S'aider de l'imaginaire et de la poésie

Ce qu'on appelle souplesse, c'est souvent, d'abord, un travail de dissociation des différentes parties du corps pour être capable de ne mobiliser que les muscles utiles au mouvement recherché. L'effort juste, puis l'assouplissement des muscles nécessaires.

Et c'est là que l'imaginaire entre en jeu et que la danse a tout son intérêt. Quel est le but de faire un grand battement à part pour sa prouesse technique ? Par contre, dessiner un grand arc de cercle dans l'air ou chercher à éloigner son pied de son bassin ou essayer de fendre l'air... Voilà une poésie du corps et de l'espace qui se dessine ! À chacun de se construire son histoire, son imaginaire, à nourrir de multiples façons et à remotiver chaque jour différemment !

Une danse est un poème

Denis Diderot

Mais alors du coup, être souple en danse, ça ne sert à rien ? 

Je n'irai pas jusque là. Simplement, comme tout le reste, ça s'apprend et ça fait partie de l'apprentissage dans le cours. Certains ne sont pas souples, d'autres n'ont pas d'oreille musicale, d'autres ont peu de repères dans l'espace, d'autres ne se sentent pas créatif.ve.s... Le.a professeur.e est là pour vous apprendre à vous mouvoir avec chacun de ces paramètres !

Des méthodes pour travailler sa souplesse

La souplesse va avec la détente et le renforcement musculaire. Le.a danseur.se parfait.e serait quelqu'un capable, selon les mouvements, de contracter ou de détendre le muscle qui va permettre de réaliser le mouvement désiré et de moduler l'état de ce muscle de "complètement détendu" à "très contracté". Souvent, en cours, on travaille donc à détendre les muscles dits superficiels qu'on a tendance à toujours contracter dans la vie courante, et renforcer les muscles profonds qu'on a tendance à oublier et qui nous permettre de travailler notamment la posture... Ou l'inverse dans le cas du psoas par exemple.

Et il est rare que l'on travaille un muscle en particulier, on travailler souvent sur une région musculaire. Le mouvement permet par ailleurs de se servir de l'imaginaire mais aussi de l'élan, de varier la tonicité... Bref, tout est possible et c'est ça qui est passionnant et sain ! La recette : un peu de répétition et beaucoup de variations !

Être souple, ça peut quand même être utile

Être souple pour la danse est donc parfois indispensable pour déverrouiller certains articulations et retrouver de la mobilité, avoir plus de libertés dans le corps et de fluidité... Tout comme une bonne musculature... Être libre, c'est pouvoir choisir de lever la jambe avec légèreté ou de sauter très haut grâce à de bonnes cuisses ! Souplesse et musculature se travaillent, tout comme le reste : la musique, la coordination, l'improvisation, l'interprétation, l'espace... Et comme tout le reste, on n'est pas égaux, certain.e.s ont plus de facultés ! Mais on a chacun nos points forts à certains endroits, à nous de les trouver ????

Alors, convaincu.e ?



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